Survival International retire sa plainte contre le WWF déposée auprès de l’OCDE

Survival International a abandonné sa plainte déposée auprès de l’OCDE. Celle-ci portait sur un potentiel financement d’abus contre les droits de l’homme au Cameroun par le Fonds mondial pour la nature (WWF).

La plainte, déposée par Survival International en février 2016, avait été jugée admissible par l’OCDE au début de l’année 2017. L’organisation a mis en place une médiation entre Survival International et le WWF les 6 et 7 juillet 2017, dans les bureaux de la direction à Berne. Des discussions ont eu lieu depuis lors mais le 5 septembre, Survival International s’est retiré.

Dans un article portant sur l’échec des pourparlers, Stephen Corry, le directeur de Survival International, décrit l’objet de la plainte:

La plainte détaille les allégations de Survival accusant le WWF d’avoir pris part au vol et au contrôle des territoires « pygmées » Baka au Cameroun, mais également qu’il en résultait un niveau catastrophique d’abus à l’encontre des Baka. Nous y avons expliqué que le WWF n’a fait aucun effort pour appliquer sa propre politique à l’égard des populations autochtones, ni pour se conformer aux Principes directeurs de l’OCDE qui ont été établies pour éviter les abus à l’encontre les droits de l’homme émanant des activités des entreprises.

L’absence de consentement, pomme de la discorde

Le point de désaccord dans les pourparlers est survenu quand Survival International a demandé au WWF d’accepter l’obligation d’obtention du consentement des Baka à propos de la gestion de la conservation sur leurs territoires dans le futur. Survival International explique sur son site que le WWF a refusé. C’est pourquoi Survival International a décidé “qu’il n’y avait plus aucune utilité à continuer les pourparlers”.

La déclaration de principes du WWF sur les populations autochtones et la conservation inclut l’énoncé suivant:

Le WWF n’encouragera ni ne soutiendra, et pourra s’opposer activement aux projets qui n’ont pas reçu au préalable le libre consentement exprimé en connaissance de cause des communautés indigènes concernées et/ou qui affecteraient directement ou indirectement – l’environnement des territoires des peuples autochtones et menaceraient leurs droits.

Les principes mentionnent spécifiquement que cela s’applique à la “création de zones protégées ou à l’introduction de restrictions sur l’utilisation de ressources de subsistance”.

Dans son article, Stephen Corry réduit la plainte de Survival à deux points clés:

  • Quand le WWF s’est associé au gouvernement camerounais pour créer une zone de « chasse aux trophées » et des parcs nationaux sur les territoires Baka, il n’a jamais tenté de consulter les Baka. Stephen Corry écrit que “les Baka ont été expulsés, et jusqu’à aujourd’hui, le WWF refuse de les consulter sur la question de la gestion de ces zones”.
  • Le WWF finance des gardes de parcs qui ont attaqué, torturé et tué des Baka. Ces attaques ont eu lieu à l’intérieur et à l’extérieur des frontières des parcs. “Dire que ce règne de terreur aide à la protection de la faune est un non-sens” écrit Stephen Corry. “Certains des gardes financés par le WWF sont eux-mêmes des braconniers et, de toute manière, les Baka se sont montrés être de bien meilleurs conservateurs de la nature que le WWF.”

Le WWF nie toute action répréhensible

Au cours de la médiation à Berne, Survival International s’est concentré sur une requête: “Le WWF doit établir une unité de haut-niveau en vue d’assurer de s’assurer le consentement des populations autochtones avant de travailler sur leur territoire, d’anticiper les problèmes, et d’enquêter et d’agir lorsqu’il y a des abus”. Il s’agirait simplement d’un département garantissant que le WWF se conforme à sa propre politique.

Les détails de la médiation de l’OCDE sont confidentiels. “Rien de nouveau n’a été dit” estime Stephen Corry.

Le WWF a répété plusieurs fois que le processus de plainte de l’OCDE n’aurait pas dû être invoqué pour son travail et a affirmé qu’aucune des allégations des Baka n’avait été prouvée. Il a expliqué que le WWF possédait déjà un mécanisme de plaintes, et donc qu’il n’y avait pas besoin du nouvel organisme que Survival avait mobilisé.

Le WWF refuse de reconnaître qu’il a commis la moindre action répréhensible.

The Ecologist a publié l’article de Stephen Corry et demandé une réponse de la part du WWF. Frederick Kumah, directeur du bureau régional Afrique du WWF, a répondu dans une déclaration, réaffirmant l’engagement du WWF à « travailler sur le terrain avec les organisations locales et internationales pour la promotion des droits des populations Baka ».

Frederick Kumah passe ensuite à l’attaque :

Après avoir investi plus d’un an dans le processus offert par le Point de contact national suisse et avoir discuté des solutions ensemble à Berne, nous sommes consternés que Survival International abandonnent ces efforts et violent l’intégrité du processus qu’ils ont eux-mêmes déclenché. Fuir ne résout rien et ne bénéficie à personne. C’est un exemple de plus de l’approche irresponsable de Survival – concentrée sur la critique à distance et non dans la recherche de solutions effectives – envers les problématiques complexes du terrain.

Mais selon la version de Stephen Corry concernant la médiation de Berne, Survival International demandait seulement au WWF de se conformer à sa propre politique concernant les populations autochtones et la conservation, chose que le WWF a refusé de faire.
 

Lien pour marque-pages : Permaliens.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *