WWF et les exploitants forestiers dans le bassin du Congo : les révélations continuent

« Pour WWF, le partenariat avec les peuples autochtones fait partie intégrante de notre travail de conservation ». Cette phrase est extraite de la dernière newsletter de l’équipe forêts et climat de WWF.

L’article a été écrit par Jolly Sassa Kiuka et Flory Botamba qui travaillent pour WWF en République Démocratique du Congo. Ils expliquent que pour WWF ce travail de partenariat « inclue souvent le soutien des peuples autochtones pour qu’ils participent à des rencontres sur la scène internationales ». Ils concluent que :

La reconnaissance des peuples autochtones est un outil dans la lutte contre le changement climatique et pour la construction d’un monde plus juste et plus durable. Les peuples autochtones jouent un rôle important dans la conservation et la gestion des écosystèmes forestiers, ainsi que dans l’atténuation et l’adaptation aux changements climatiques. Il est de notre devoir, en tant que conservationnistes, de soutenir le renforcement de leurs capacités et d’appuyer leur participation à des processus liés à notre travail, pour le futur des forêts et celui des peuples autochtones. [notre traduction]

 

Des vies détruites

 

Ces idéaux sont en contraste flagrant avec la réalité des opérations de WWF dans le bassin du Congo. Cette réalité est décrite dans un nouveau rapport de Survival International :

Dans le bassin du Congo, le Fonds mondial pour la Nature (WWF) apporte son soutien à des escadrons anti-braconnages qui maltraitent les peuples tribaux ainsi qu’à un réseau d’ « aires protégées » qui les poussent en dehors de leurs terres ancestrales. Non seulement cela détruit des vies mais cela nuit également à la conservation. En soutenant des projets qui font des peuples autochtones des boucs-émissaires, WWF oublie de s’attaquer aux vraies causes de la destruction environnementale : l’exploitation forestière et la corruption.

 

Le rapport de Survival International, “WWF and the loggers: A brief history of greenwashing in the Congo Basin”, est disponible (en anglais) ici.

Cette semaine Survival International a décerné à WWF son « Prix de l’éco-blanchiment de l’année » (Greenwashing of the Year award) en « récompense » de ses partenariats avec sept entreprises d’exploitation forestière, dont les opérations couvrent presque quatre millions d’hectares dans le bassin du Congo. WWF s’est associé à des entreprises qui abattent des forêts appartenant à des « pygmées » Baka et Bayaka, notamment : les groupes français Bolloré, Pasquet et Rougier ; le groupe italien SEFAC ; le groupe belge Decolvenaere; le groupe Danzer, basé en Autriche ; et le groupe chinois Vicwood.

En juin 2016, REDD-Monitor avait envoyé des questions à WWF concernant son partenariat avec Rougier. J’en attends toujours les réponses.

Pas de consentement

 

Survival International fait valoir qu’aucune de ces entreprises n’a « reçu ou même cherché à recevoir le consentement » des peuples autochtones dont elles détruisent les forêts. Comme l’avait indiqué ultérieurement un homme Baka à propos des activités de Rougier au Cameroun :

Nous ne pourrons jamais donner notre consentement puisque nous ne bénéficions en rien de cette destruction de la forêt.

 

Dans cette vidéo de Survival International, un homme Baka dénonce les effets destructeurs de l’industrie d’exploitation forestière :

WWF et les exploitants forestiers: une chronologie

 

Le rapport de Survival International établit une chronologie des partenariats que WWF a noués et entretenus avec les entreprises d’exploitation forestière industrielle dans le bassin du Congo. Cette chronologie met en contradiction les décisions successives de WWF de s’associer avec ces entreprises et les preuves que ces mêmes entreprises détruisent les forêts et commettent des irrégularités.

Quelques extraits [notre traduction] :

    • Mars 1991 : Une équipe de chercheurs commissionnée par WWF se rend sur des concessions forestières dans le sud-est du Cameroun. Plusieurs d’entre elles sont opérées par de futurs partenaires de WWF : SEFAC (du groupe SEFAC), SOTREF (groupe du Decolvenaere), SIBAF (du groupe Bolloré). L’équipe conclut que :

      Il est indéniable que l’exploitation forestière a causé la dispersion et la destruction massives des espèces et des habitats forestiers. [L’exploitation facilite] l’accès à de larges zones de forêts qui étaient seulement utilisées par quelques personnes avant l’arrivée des exploitants.

      L’équipe recueille des témoignages de Baka qui expliquent que beaucoup plus d’éléphants sont tués depuis l’ouverture de nouveaux sentiers d’abattage et de débardage. Les chercheurs recommandent à WWF de « se concentrer sur les braconniers professionnels, les intermédiaires, les consommateurs dans les centres urbains et les exploitants forestiers industriels » plutôt que sur des personnes comme les Baka qui chassent pour nourrir leurs familles.

 

    • Septembre 2000 : Greenpeace révèle que le gouvernement Camerounais a établi que SIBAF et SEFAC exploitent illégalement le bois. Les recherches de Greenpeace indiquent qu’un membre du groupe Rougier est également impliqué dans des illégalités forestières.

 

    • Juin 2003 : WWF achève son programme de partenariats avec les entreprises d’exploitation forestière en vue de promouvoir une « gestion durable des forêts ». Une étude indépendante critique le « cadre logique mal formulé » du projet et son impact « peu satisfaisant » dans certaines zones. L’étude explique aussi que l’ « efficacité » du projet ne pouvait à bien des égards pas être mesurée et que sa « performance » était « très insatisfaisante ».

 

    • Decembre 2006 : L’Observateur indépendant des forêts du Cameroun conclut que SFID (du groupe Rougier) a enfreint les règlementations relatives à l’exploitation forestière.

 

    • Juillet 2008 : Danzer est accusé par Greenpeace d’utiliser « un système élaboré de blanchiment des profits » dans le bassin du Congo, « consistant à transférer ses revenus sur des comptes offshore en dehors d’Afrique ». Greenpeace suspecte qu’au moins 7,8 millions d’euros de recettes fiscales ont ainsi été perdues, une somme équivalant au coût de vaccination de plus de 700 000 enfants congolais de moins de cinq ans.

 

    • Novembre 2010 : Friends of the Earth effectue une enquête au Cameroun et en République du Congo. Ils se rendent sur l’un des anciens sites d’exploitation de Pallisco (du groupe Pasquet) et découvrent que l’entreprise a détruit des arbres importants pour les communautés locales, les empêchant ainsi de collecter certaines ressources forestières. Ils se rendent aussi sur l’un des anciens sites de Rougier et constatent que l’entreprise a laissé derrière elle des communautés appauvries. Des Baka leur expliquent qu’un grand nombre d’arbres convoités par les partenaires de WWF sont une source de nourriture et médicaments très importante pour eux.

 

    • Juillet 2011 : Global Witness publie une évaluation du programme « Réseau International Forêt et Commerce » de WWF et en révèle les « échecs systémiques ». Le programme « permet aux entreprises de tirer profit de leur association avec l’image de marque de WWF et son emblématique panda tout en poursuivant la destruction de forêts, la conversion des forêts en plantation et le commerce illégal du bois. »

 

    • Mai 2013 : Le label « certifié durable » de Danzer, partenaire de WWF, est temporairement suspendu par le Forestry Stewardship Council, en réponse aux abus de droits humains auxquels ses subsidiaires sont accusés d’avoir contribué en République Démocratique du Congo.

 

    • Juillet 2015 : Global Witness révèle que SINFOCAM (du groupe Vicwood) a obtenu ses permis d’exploitation illégalement à l’intérieur du parc national de la Dzanga-Sangha en République centrafricaine.

 

  • Janvier 2017 : Une équipe d’experts conclut que les forêts qui se trouvent à l’intérieur des concessions dites « durables » du Forest Stewardship Council (FSC) se retrouvent fragmentées au même rythme que celles des concessions non certifiées, voire à un rythme plus rapide.
    WWF a contribué à l’établissement du FSC en 1993.

 


Cet article a été initialement publié sur REDD Monitor.

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2 Commentaires

  1. Hi Chris,
    Interesting post – do you have a reference for the last bulletpoint – the January 2017 study?
    Thanks,
    Ian

  2. Thanks Ian. Here’s the report:

    Potapov, P. et al., “The last frontiers of wilderness: Tracking loss of intact forest landscapes from 2000 to 2013,” Sci Adv 2017, vol. 3, p.6.

    I wrote about the report in this post:

    The area of Intact Forest Landscapes is shrinking. Fast

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