Les Ogiek du Kenya ont été expulsés et leurs foyers incendiés. Au nom de la conservation de la nature.

En juin 2016, 50 gardes armés du Kenya Forest Service ont incendié des maisons appartenant à la communauté autochtone Ogiek vivant dans la forêt de Chepkitale, au Mont Elgon.

Les Ogiek vivent dans la forêt de Mau au Kenya depuis des centaines d’années. Certains d’entre eux habitent dans la forêt profonde et vivent de la chasse et de la cueillette. La majorité cultivent des légumes et élèvent du bétail.

Depuis l’époque coloniale, il y a eu plusieurs tentatives d’expulsion des Ogiek de leurs terres, souvent sous prétexte qu’ils dégradaient la forêt.

Ogiek women

Mais l’expulsion des Ogiek a cédé la place à des exploitants forestiers et des plantations de thé. Des forêts contrôlées par le Kenya Forest Service ont été rasées et cédées à des cultivateurs de maïs. Pendant ce temps, de nombreux colons illégaux sont venus s’installer sur les terres ancestrales des Ogiek, avec de sévères impacts sur la forêt.

La « solution » du gouvernement est d’expulser tous les occupants de la forêt de Mau, y compris les Ogiek. Ils sont alors menacés de devenir des « réfugiés de la conservation », expulsés de leurs terres ancestrales au nom de la conservation.

Une histoire d’éviction

Les expulsions des populations Ogiek ont commencé dans les années 1920 durant l’époque coloniale britannique. Elles étaient expulsées pour faire place aux “White Highlands”, des colonies d’européens venus profiter de la qualité des sols et du climat frais.

Les expulsions se sont multipliées dans les années 1940 avec la création de la réserve forestière du Mont Elgon, puis quand le Mont Eglon fut déclaré parc national en 1968. Depuis, les expulsions se sont poursuivies en 1979, 1989, 1996 et 2008.

En 2000, le domaine de chasse de Chipkitale a été créé sur des territoires ancestraux des Ogiek – rendant leur présence sur leurs propres terres illégales.

En 2011, le Kenya Forest Service, le Kenya Wildlife Service, le Mount Elgon Council, l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature et la Banque Mondiale ont visité les territoires Ogiek pour mener une évaluation. Ils ont alors conclu que la présence des Ogiek aidait à protéger les forêts et la biodiversité.

Contraire à la constitution kenyane

Les dernières expulsions ont surpris les Ogiek. La Constitution kenyane de 2010 reconnait les terres ancestrales et les terres occupées traditionnellement par des chasseurs-cueilleurs comme territoires communautaires. Les membres de la communauté Ogiek sont en train de négocier un accord avec le gouvernement local pour garantir une reconnaissance de leur droit de vivre sur leurs terres et d’y mener leurs activités de subsistance.

Ogiek community meeting

Les Ogiek ont lancé un processus de cartographie communautaire et de dialogue et ont retranscrit leurs règlements coutumiers. Un membre de la communauté explique

« Nous n’avons jamais conservé. C’est notre mode de vie qui conserve. Ces règles coutumières que nous avons depuis toujours, mais que nous n’avions pas mis par écrit jusqu’à maintenant. »

Voici une vidéo du Forest Peoples Programme dans laquelle Peter Kitelo, du Chepkitale Indigenous Peoples’ Development Project, explique le procédé, les règlements, et le point de vue des Ogiek sur le développement et la conservation (en anglais):

Les documents réglementaires des Ogiek commencent par les propos suivants:

« Les Ogiek ont vécu sur leurs terres ancestrales, Chepkitale, régies et délimitées par leurs traditions qui constituent le droit non écrit. C’est ce qui est présenté dans ce document dans les termes les plus simples possible. C’est un produit de la communauté, élaboré par la communauté. Il a été rédigé en tenant compte de tous les apports de la communauté et concerté et approuvé par la communauté.  Il présente une structure de gouvernance utile à la communauté aujourd’hui comme elle l’est depuis des siècles. »

Les gardes armés du Kenya Forest Service ont brulé 200 maisons durant les dernières expulsions des Ogiek. La saison des pluies est particulièrement humide au Kenya cette année. Peter Kitelo signale que les familles expulsées ont perdu leur foyer, leur nourriture et leurs affaires. Des enfants ont été forcés à vivre dans le froid.

Des gardes du Kenya Forest Service ont estimé qu’un vieil homme partiellement sourd les défiait parce qu’il refusait de quitter sa maison après qu’ils l’aient sommé de le faire. Ils l’ont battu pour le faire plier.

Peter Kitelo a une solution simple: sécuriser la tenure coutumière, pas les évictions:

Exclure de leurs terres les communautés vivant traditionnellement dans les forêts, même si on leur donne des compensations ou des droits d’accès aux terres, remplace les populations les plus enclines à protéger les forêts par ceux qui veulent les exploiter.
 
Seule une sécurisation de la tenure communautaire peut donner aux communautés forestières le pouvoir et l’engagement afin de protéger leurs forêts pour eux-mêmes et la nation sur le long terme.

 

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