La Wildlife Conservation Society s’associe à des entreprises d’explotation forestière en République du Congo. Les populations autochtones bayakas sont expropriées

En 1993, la Wildlife Conservation Society a convaincu le gouvernement de la République du Congo de créer le Parc national de Nouabalé-Ndoki. Celui-ci couvre une superficie de 4 238,7 km2. Le parc a été établi sans le consentement des populations autochtones bayakas, qui ont alors perdu une grande partie de leurs forêts ancestrales. Les Bayakas ne sont pas autorisés à entrer dans le parc. WCS continue à gérer le parc en partenariat avec le Ministère de l’Economie Forestière et du Développement Durable de la République du Congo.

WCS s’est associé à deux entreprises d’exploitation forestière opérant dans la zone tampon du parc : la Congolaise Industrielle des Bois (CIB), qui possède les plus vastes concessions d’exploitation forestière du pays, ainsi qu’Industrie Forestière de Ouesso (IFO). WCS et le gouvernement congolais ont organisé des patrouilles anti-braconnages dans les concessions d’exploitation forestière.

Le Parc national de Nouabalé-Ndoki est présenté sur le site Internet de WCS, au sein d’une liste répertoriant des « sites sauvages ». WCS ne fait aucune mention des Bayakas. Au contraire, le site Internet déclare que :

Le PNNN est un exemple rare de forêt sauvage intacte, où n’habite aucun être humain et qui est entourée d’une zone abritant une densité de population humaine extrêmement faible.

Un nouveau rapport de Survival International, intitulé « Comment allons-nous survivre ? » décrit les impacts que ces mesures de « conservation » ont eus sur les Bayakas et leurs activités de subsistance. Le rapport est disponible ici.

Bureau régional du WWF en Afrique, et vous pouvez lire la réponse du WWF (dans laquelle beaucoup de questions sont éludées) ici.

Conservation Watch a envoyé une série de questions à WCS au sujet du rapport de Survival International. La réponse de WCS sera postée dans son intégralité quand elle nous parviendra.

Survival International déclare que les populations autochtones bakas et bayakas « sont victimes d’intimidations et de mauvais traitements de la part des éco-gardes soutenus par WCS et les entreprises d’exploitation forestière en question. Un homme handicapé et des enfants ont même été attaqués. »

WCS serait au courant de cette persécution depuis 2005 au moins, mais n’aurait pris aucune mesure conséquente.

En 2013, WCS a aidé à la création du Parc national de Ntokou-Pikounda sur les terres des populations autochtones lumas et bongilis, cela sans leur consentement libre, préalable et éclairé. Un rapport de 2016 constatait :

La création du Parc national de Ntokou-Pikounda (PNNP) a été faite en violation de la procédure de classement des forêts et sans le consentement des communautés locales et autochtones les plus impactées et risque de priver celles-ci de leurs trois principaux et uniques moyens de subsistance.

Le rapport affirme également que le parc national

va priver les communautés locales et populations autochtones (CLPA) du district de Pikounda de leurs uniques moyens de subsistance car le décret de création du PNNP a interdit toute activité humaine à l’intérieur du Parc et a restreint lesdites activités dans un rayon de cinq kilomètres autour du Parc. Si la loi est respectée à la lettre, les populations de Pikounda seront obligées de migrer pour survivre ou d’être en guérilla contre les éco gardes.

Le rapport de Survival International détaille un large éventail de problèmes que les parcs nationaux, les entreprises d’exploitation forestière et les éco-gardes ont causés aux communautés autochtones vivant dans la zone, notamment :

  • En mai 1999, l’agence de presse IRIN a rapporté que l’interdiction de chasser rendait la vie des Bayakas « encore plus difficile » :

    Selon certains membres de la communauté, l’interdiction de chasser, décrétée par les « écogardes », les agents chargés de la protection de la faune, dans les concessions forestières de la Congolaise industrielle de bois (CIB), a entraîné une augmentation des cas de malnutrition chez les enfants et les populations adultes vulnérables.

  • Après une visite dans la concession d’exploitation forestière de la CIB en décembre 2004, Greenpeace signalait que des éco-gardes avaient frappé un homme baka et confisqué sa viande.
  • Un rapport de 2005 réalisé par l’Observatoire congolais des droits de l’homme (OCDH) comprend trois récits de violence à l’encontre des Bayakas perpétrée par des éco-gardes. Le rapport affirme que certains Bayakas « meurent de faim » et que les éco-gardes « instiguent une psychose de la peur » parmi les Bayakas.
  • En 2007, une équipe de Rapporteurs spéciaux de l’ONU a soulevé des préoccupations quant au traitement des Bayakas. Cette équipe a rapporté « de nombreux cas de violence et de discrimination » à l’encontre des Bayakas, ainsi qu’une « atmosphère générale de violence répétée voire systématique ». L’équipe a ajouté que le traitement subi par les Bayakas était lié « à une discrimination raciale à leur encontre».
  • En 2013, un homme et une femme bayakas ont été roués de coups par des éco-gardes. Les gardes ont détruit la maison et les biens de la femme.
  • Survival International rapporte 12 incidents de violence à l’encontre des Bayakas au cours de l’année 2016. Les éco-gardes avaient frappé des hommes et des femmes bayakas, détruit des maisons et des camps, et volé de la viande. Un homme bayaka a raconté à Survival International comment les éco-gardes empêchaient les Bayakas de pénétrer dans la forêt :
  • Si vous allez dans le parc, ils vous attraperont et vous mettront en prison. Même quand vous n’êtes pas dans le parc, ils vous disent : « On va te tuer. Va-t-en, va-t-en, va-t-en. »

 

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