Réponse de WWF aux critiques de Survival International : « La protection de notre planète consiste autant à respecter les droits des populations qui en dépendent qu’à protéger la faune»

Survival International a récemment publié un rapport intitulé « Comment allons-nous survivre ? » Survival International y décrit en détail les impacts sur les communautés autochtones des parcs nationaux, des concessions d’exploitation forestière et des zones de chasse au trophée ayant été imposés sur de vastes étendues de terres dans le Bassin du Congo. Le rapport est très critique à l’égard des ONG de conservation le World Wildlife Fund (WWF) et la Wildlife Conservation Society (WCS).

Conservation Watch a voulu poser quelques questions à Frederick Kwame Kumah, directeur du Bureau régional du WWF en Afrique, à propos des accusations portées contre l’organisation dans le rapport. Les réponses de M. Kumah sont publiées ci-dessous dans leur intégralité :

Conservation Watch : Le rapport de Survival International déclare que « les parcs nationaux et autres aires protégées ont été imposés sur leurs terres sans leur consentement, souvent après peu voire aucune consultation. Certaines des plus importantes organisations dédiées à la conservation, principalement le World Wildlife Fund (WWF) et la Wildlife Conservation Society (WCS), ont été les acteurs clés de ce découpages des terres autochtones. » Quelle est la réponse du WWF à cette accusation ?

Frederick Kwame Kumah : Les aires protégées sont créées et gérées par les gouvernements, en particulier dans des pays comme le Cameroun où toutes les terres appartiennent à l’État. Le WWF a toujours soutenu les efforts visant à garantir que les communautés autochtones dépendant de ces forêts et de ces terres puissent faire entendre leur voix dans toute prise de décision de ce type. Cela peut s’avérer difficile, notamment pour une organisation de la société civile travaillant dans un pays souverain disposant de cadres juridiques distincts, mais nous ne nous décourageons pas. Nos employés, dont la plupart sont originaires de la région, et y compris des communautés autochtones, font continuellement campagne en faveur du changement. D’ailleurs, nos efforts pour étendre et formaliser le CLIP au Cameroun ont également été cités par l’ONU comme un exemple de bonne pratique.

Là où des parcs ont été créés avant le CLIP, les efforts de conservation peuvent aider à soutenir les communautés autochtones dans leurs efforts pour renforcer leurs droits, qui rencontrent des défis associés à une marginalisation historique et socio-économique profondément enracinée. Aujourd’hui, au Cameroun par exemple, alors que le WWF plaide en faveur de changements au niveau de la législation nationale, nous travaillons également avec des communautés pour aider à assurer que leurs droits et leur accès aux terres soient respectés à travers la conservation.

Par ces efforts, nous avons aidé à garantir la création de 23 forêts communautaires dans le sud-est du Cameroun. Chacune d’entre elles a une superficie d’au moins 5 000 hectares. Trois forêts sont entièrement gérées par les Bakas, et toutes les autres où des Bakas sont présents sont gérées par un mélange de populations bakas et bantoues, les recettes étant partagées entre celles-ci. Le gouvernement a créé 13 zones de chasse communautaires dans le sud-est du Cameroun, celles-ci entourant les parcs d’une superficie minimum de 50 000 hectares où les Bakas peuvent chasser librement. De plus, le WWF et une ONG locale facilitent la conclusion d’accords directs entre les communautés autochtones bakas et le Ministère des Forêts et de la Faune du Cameroun au sujet de tous les aspects entourant l’utilisation par les Bakas du Parc national de Boumba-Bek et de leur accès à celui-ci et d’autres accords de ce genre sont en préparation pour le Parc national de Nki et le Parc national de Lobéké.

Aujourd’hui plus que jamais, les pressions exercées sur ces terres dont les communautés et la faune sont dépendantes depuis des siècles augmentent. Nous pensons qu’on contribue mieux à la protection des forêts, au bénéfice des personnes qui en dépendent, en étant présents sur le terrain plutôt qu’en critiquant de loin sans aider à trouver de solution. C’est pourquoi nous continuons à travailler avec les communautés et les organisations de la région et avons également invité Survival International à nous rejoindre, sans succès.

Conservation Watch : Survival International affirme que les « causes réelles de la destruction de l’environnement dans le Bassin du Congo » sont l’exploitation forestière et la corruption. Partagez-vous cet avis ?

Frederick Kwame Kumah : Les pressions que subissent les forêts, les ressources et les communautés sont multiples et croissantes, provenant de différents secteurs et étant également enracinées dans des défis socio-économiques historiques. Trouver le moyen de maintenir et d’utiliser durablement ces ressources est essentielle pour le bien-être des communautés, de la faune et de la flore ainsi que des économies locales et dépasse toute organisation et va au-delà de conservation. Cela exige un dialogue transparent et cohérent avec tous les acteurs présents sur le terrain, des communautés aux autorités gouvernementales en passant par les ONG et les entreprises présentes dans la région. C’est ce que le WWF essaye d’encourager, notamment en soutenant la création d’une plateforme multipartite dirigée par plusieurs ministères et des représentants des communautés autochtones.

Conservation Watch : En juin 2016, j’ai envoyé plusieurs questions au WWF au sujet de son partenariat avec l’entreprise d’exploitation forestière Rougier au Cameroun. Les questions sont accessibles ici. J’ai reçu une réponse de Phil Dickie de WWF International. Mes questions étant « assez vastes », M. Dickie m’a dit qu’il devrait mener « quelques enquêtes internes » avant de pouvoir me répondre. Plus d’un an plus tard, j’attends toujours les réponses du WWF à mes questions. Pourquoi le WWF ne veut-il pas répondre à ces questions ?

Quand puis-je espérer une réponse ?

Frederick Kwame Kumah : La déclaration publiée au niveau local par le WWF-Cameroun à l’époque (en mai 2016) est disponible ci-jointe. La déclaration faite par Rougier est également disponible ici.

Nous travaillons dans le Bassin du Congo depuis plusieurs décennies en étant pleinement conscients des opportunités et des défis quant à la protection de ses précieuses ressources naturelles. Au fil des ans, notre expérience nous a montré que la durabilité doit être une priorité commune et que nous devons coopérer avec différents acteurs et entités pour créer un impact durable. Ces derniers incluent les communautés autochtones, qui sont des intendants importants de l’environnement, ainsi que des entreprises qui, au vu de l’échelle et de l’envergure de leur impact et de leurs activités, peuvent devenir des acteurs clés du changement.

Au Cameroun, même si nous travaillons avec des communautés autochtones comme les Bakas pour les aider à promouvoir et protéger leurs droits dans la conservation, nous donnons des conseils et des directives techniques aux entreprises détenant des licences d’exploitation légales délivrées par le gouvernement, afin de leur faire adopter des pratiques responsables de gestion forestière, conformément aux normes internationalement reconnues comme le Forest Stewardship Council (FSC). Nous insistons pour que ces entreprises respectent des directives et des pratiques strictes, parmi lesquelles la transparence, des résultats mesurables en matière de conservation, la diligence raisonnable et le respect de l’indépendance et de la mission du WWF. Chaque fois que nous avons été alertés de cas concrets de manquement aux principes que nous avions clairement établis, nous n’avons pas hésité à nous dissocier des entreprises en question. Par exemple, on a mis fin à la participation de Decolvenaere au Global Forest & Trade Network (GFTN) en mai 2015 lorsque l’entreprise a annoncé qu’elle ne souhaitait pas obtenir la certification FSC. La SEFAC et Danzer ont également été congédiés du GFTN, en 2009 et 2013 respectivement.

Le compte rendu du GFTN est disponible en ligne ici.

Conservation Watch : Le WWF a été impliqué dans la création des parcs nationaux de Lobéké, de Boumba-Bek et de Nki ainsi que dans celle de la Réserve de Faune de Ngoyla. Survival International écrit qu’« aujourd’hui, les brigades anti-braconnage soutenues par le WWF rasent régulièrement des camps forestiers, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur des parcs nationaux. La violence qu’ils font subir aux Bakas et à leurs voisins ne connaît pas de limites. Parmi les victimes, on compte des femmes enceintes, des personnes âgées, des infirmes et même des enfants en bas âge. » Le WWF reconnaît-il qu’il existe un problème de violence contre les Bakas ? Et si oui, quelles actions le WWF a-t-il entreprises pour mettre fin à cette violence ? Le WWF a-t-il publié un rapport sur ces violences? Lorsque le WWF rapporte des cas de violence auprès du gouvernement camerounais, quelles actions prend-il si le gouvernement ne prend aucune mesure pour y remédier ou empêcher la violence à l’avenir ?

Frederick Kwame Kumah : Nous ne souhaitons pas spéculer sur la vie des gens et nous nous abstiendrons donc de commenter des allégations d’une telle gravité.

Nous n’avons jamais nié que la marginalisation des communautés autochtones constitue un défi, et, qui plus est, un défi enraciné de façon profonde. Comme pour toute société, toute communauté vulnérable et tout préjugé, nous reconnaissons que des mauvais traitements peuvent avoir lieu. C’est la raison pour laquelle nous avons toujours essayé de voir comment la conservation pouvait aider à protéger et promouvoir les droits des populations, que ce soit en aidant à faire de la sensibilisation au sujet des droits humains ou en garantissant que les formations et les projets soient conçus de telle façon que la conservation puisse permettre de renforcer les droits et le bien-être des communautés vulnérables.

C’est aussi la raison pour laquelle nous n’avons jamais rejeté les allégations de Survival International. Au contraire, nous avons demandé à plusieurs reprises des détails supplémentaires pour permettre de mener des enquêtes et nous avons vérifié auprès des autorités et des communautés locales avec lesquelles nous travaillons si des cas avaient été rapportés. C’est également la raison pour laquelle nous avons accepté de rencontrer Survival International dans le cadre du processus de médiation par une tierce partie proposé par le Point de contact national suisse dans l’espoir d’améliorer une communication à double sens. Malheureusement, Survival International a choisi d’abandonner cette option malgré un début de discussion.

Les éco-gardes sont des employés du gouvernement. Nous rapportons systématiquement aux autorités toutes les allégations de mauvais traitement qui sont portées à notre attention. Entre 2015 et 2017, cinq gardes-forestiers ont été sanctionnés à la suite d’une plainte officielle déposée par le WWF auprès du Ministère des Forêts et de la Faune du Cameroun. Notre travail dépend des communautés avec lesquelles nous collaborons. Nous essayons continuellement de sensibiliser les communautés et les acteurs gouvernementaux à la prévention des mauvais traitements et également de garantir que les mécanismes dans lesquels les gens peuvent avoir confiance et qu’ils peuvent facilement utiliser sont en place pour signaler tout cas qui le nécessiterait. Cela inclut notre processus de résolution des plaintes liées aux projets et le soutien apporté aux mécanismes communautaires gérés par les associations locales bakas et d’autres associations ainsi que des initiatives telles que la plateforme multipartite gérée par le gouvernement qui comprend un observatoire national des populations autochtones.

Conservation Watch : L’ONG Survival International a récemment retiré la plainte qu’elle avait déposée contre le WWF auprès de l’OCDE. Survival International accuse le WWF de ne pas avoir appliqué sa propre politique concernant les populations autochtones. Selon eux le point de friction dans les négociations de l’OCDE est apparu quand Survival International a demandé au WWF de s’engager à obtenir le consentement des Bakas sur la façon dont la conservation sur leurs terres sera gérée à l’avenir. Selon Survival International, le WWF a refusé. Quelle est la version du WWF concernant l’explication de l’échec de la négociation de l’OCDE ? Est-il vrai que le WWF a refusé d’obtenir le consentement des Bakas à propos d’une future gestion de la conservation sur leurs terres ? Si oui, pourquoi ?

Frederick Kwame Kumah : Cette allégation est incroyablement inexacte. Même si les discussions tenues dans le cadre du processus du Point de contact national suisse sont confidentielles, il n’est pas honnête de nous accuser d’avoir refusé un point que nous n’avons pas la capacité de négocier. Nous avons répété à maintes reprises à Survival International que l’obtention du CLIP pour les aires protégées désignées par le gouvernement relevait de la responsabilité de l’État. Nous pensons avoir un impact sur la défense des droits des Bakas en appuyant la création de plans de gestion des parcs qui garantissent l’accès aux ressources et en recommandant continuellement, activement et du mieux que nous le pouvons au gouvernement camerounais qu’il formalise et étende le CLIP aux personnes vivant dans ces aires et dépendant de celles-ci, ces efforts étant d’ailleurs également reconnus par l’ONU. Il existe différentes façons de réaliser des progrès et nous observons des améliorations dans la protection des droits en travaillant sur le terrain, avec les Bakas et d’autres acteurs, pour garantir que les Bakas puissent faire entendre leur voix sur des questions qui les concernent, et cela restera notre priorité.

C’est pourquoi nous nous sommes engagés de bonne foi dans le processus de médiation volontaire lancé par Survival International et nous sommes déçus qu’ils aient choisi de s’en aller malgré l’existence d’un dialogue. Le Point de contact national suisse de l’OCDE a exprimé ses regrets quant à la violation de la confidentialité et a insisté sur le fait qu’il « n’est pas d’accord avec la description donnée du processus de médiation » (déclaration en date du 7 septembre 2017). Par respect pour ce processus dirigé par le Point de contact national, le WWF ne fera aucun autre commentaire sur les procédures confidentielles.

Conservation Watch : Survival International a décrit une longue liste de mauvais traitements commis par les éco-gardes à l’encontre de Bakas (de la page 6 à la page 48 du rapport). Le WWF nie-t-il l’existence de ces mauvais traitements ? Que fait le WWF pour empêcher que de tels mauvais traitements n’aient lieu à l’avenir ?

Frederick Kwame Kumah : Nous n’avons aucune tolérance pour les violations des droits de l’homme et nous sommes choqués par ces allégations. Nous avons à plusieurs reprises exhorté Survival International à partager des informations qui permettraient aux autorités d’enquêter sur les personnes accusées et de prendre des mesures appropriées.

Les éco-gardes sont des employés du gouvernement. Étant une ONG, nous cherchons à fournir des formations et des ateliers à propos des droits de l’homme et nous disposons également d’une procédure officielle de plainte.

Dès que nous recevons une plainte, nous prenons toutes les mesures nécessaires pour répondre aux allégations portées à notre attention, notamment en communiquant celles liées aux éco-gardes au Ministère des Forêts du Cameroun par exemple, qui constitue l’autorité responsable de leur bonne conduite et qui est capable de prendre des mesures appropriées.

De plus, nous travaillons avec des mécanismes culturels et traditionnels qui peuvent aider à signaler des problèmes. Ainsi, les populations bakas peuvent approcher des organisations de la société civile (OSC) dirigées par des Bakas et d’autres OSC locales réparties à travers les aires dans lesquelles le WWF opère. Dans la plupart des villages, elles peuvent également passer par des églises locales. Plus tôt dans l’année, nous avons également soutenu la création d’une plateforme multipartite gérée par le gouvernement qui comprend un observatoire national des populations autochtones, afin d’identifier les problèmes et de définir des solutions tournées vers l’avenir avec les différents acteurs présents sur le terrain.

Concernant les plaintes, nous avons toujours essayé d’entrer en contact avec Survival International pour plus de clarté et d’informations, mais n’avons reçu aucune réponse.

Nous pensons que notre travail peut changer les choses. Nous voyons déjà des progrès et nous ne pouvons pas abandonner, il s’agit de notre responsabilité envers les communautés et les personnes avec lesquelles nous travaillons.

Conservation Watch : Survival International écrit qu’une étude de 2013 au sujet des populations autochtones bayakas vivant dans le complexe d’aires protégées de Dzanga-Sangha en République centrafricaine a révélé que « les défenseurs de l’environnement et les fonctionnaires du gouvernement n’avaient pas pris en compte les personnes qui dépendaient de ces forêts pour leur survie ». Un rapport du WWF datant de 2007 révélait que les Bayakas avaient du mal à se nourrir. Les Bayakas interviewés dans le cadre du rapport déclaraient que le projet de conservation les avait forcés à quitter leurs terres de chasse et de cueillette les plus riches et les avaient laissés avec trop peu de terres pour leurs cultures. Ils rapportaient également des cas de violence perpétrés par des éco-gardes. Survival International écrit que « les appels au changement ont été ignorés et aujourd’hui les Bayakas sont toujours forcés de quitter la forêt par des éco-gardes financés par le WWF. Le WWF n’a pas réussi à prendre de mesures efficaces pour mettre un terme à cela. » Pourquoi ?

Frederick Kwame Kumah :La protection de la nature, de ses sites et de ses ressources, consiste autant à protéger et respecter les vies et les moyens de subsistance des populations qui en dépendent qu’à augmenter les populations d’espèces menacées.

Nous travaillons dans 100 pays, et nous savons que nous ne pouvons pas protéger la faune sans l’aide des communautés. Nous pensons que notre travail de protection de la faune peut, et devrait, bénéficier aux communautés.

Cette conviction guide notre travail de conservation et nous cherchons continuellement à renforcer nos politiques sociales et l’impact que nous pouvons avoir. Dans le Bassin du Congo, nous avons permis l’élaboration de programmes et d’initiatives répondant à des questions historiques de marginalisation des communautés autochtones et donné un accès à des services essentiels tels que l’éducation, les soins médicaux et les activités de subsistance en plus de développer les capacités et la sensibilisation au niveau local au sujet des droits de l’homme.

En République centrafricaine (RCA), un pays touché par la guerre civile depuis 2012, nous avons toujours travaillé avec les communautés sur le terrain, nous les avons écoutées et nous avons collaboré avec elles afin de comprendre les défis auxquels elles font face et la façon dont la conservation peut aider à protéger et promouvoir leurs droits.

Nos employés, dont presqu’un tiers à Bayanga sont originaires de communautés autochtones, ont travaillé avec les BaAkas, les autorités et les partenaires pour :

  • Permettre de délimiter une Zone de chasse communautaire (ZCC) entre les deux parties du Parc national de Ndoki et de Dzanga. La ZCC a été créée non seulement pour chasser mais également pour permettre aux populations autochtones de continuer à promouvoir leur propre culture traditionnelle.
  • Aider à mettre en place le projet pour la jeunesse de l’association Ndima-Kali, destiné à éduquer et à valoriser les jeunes au sein de l’aire protégée de Dzanga-Sangha. Les membres du projet ont développé des pièces de théâtre et produit une vidéo traitant de la discrimination. Ils ont également diffusé une série d’émissions de radio ayant pour sujet des questions sociales, culturelles et environnementales. Un projet de cartographie sociale a permis d’identifier des sites sacrés et des arbres qui ont une importance culturelle et économique pour les BaAkas, fournissant également les bases permettant aux communautés autochtones de mettre au défi les autorités gouvernementales et les entreprises d’exploitation forestière tout en définissant leur accès et leur utilisation.
  • Établir un projet éducatif pour aider chaque année 30 étudiants à obtenir un niveau d’études secondaires, notamment en prenant en charge les frais de scolarité, les vêtements ainsi que différents aspects matériels et en soutenant des pensions gérées par des partenaires locaux.
  • Établir un centre pour les droits de l’homme à Bayanga, pour fournir une assistance juridique et un accès à la justice aux communautés bakas.
  • Établir un programme de santé mobile permettant à un médecin de visiter les camps baAkas.

Même si nous travaillons sur tous ces projets et initiatives, nous reconnaissons que les défis auxquels ces communautés font face sont profondément enracinés, et qu’ils sont exacerbés par l’agitation sociale et dépassent la portée d’une seule organisation dédiée à la conservation. Nous travaillons avec les habitants de la région, les autorités et d’autres organisations présentes sur le terrain pour faire de notre mieux afin de combler les lacunes et nous continuerons à agir de cette façon car le changement ne peut être obtenu que grâce à un engagement et à une action sur le terrain.

Conservation Watch : Survival International présente également une liste de mauvais traitements et des preuves de problèmes subis par les Bayakas dans l’aire de Dzanga-Sangha (de la page 52 à la page 74 du rapport). Quelle réponse le WWF apporte-t-il à ces mauvais traitements ? Et quelles actions le WWF a-t-il réalisées pour régler ces problèmes et s’assurer qu’ils ne se poursuivent pas à l’avenir ?

Frederick Kwame Kumah :Nous ne souhaitons pas spéculer sur la vie des gens et nous nous abstiendrons donc de commenter des allégations d’une telle gravité. Nous n’avons aucune tolérance pour les violations des droits de l’homme. Nous avons à plusieurs reprises exhorté Survival International à partager des informations qui permettraient aux autorités de prendre des mesures appropriées contre les personnes accusées, en vain pour l’instant.

Comme décrit plus haut, nos employés, dont beaucoup sont eux-mêmes originaires de communautés vulnérables, cherchent constamment à trouver des solutions pouvant répondre à des préjugés et une discrimination historiques grâce à la conservation et au travail avec les populations autochtones, car les populations autochtones resteront toujours notre priorité.

Conservation Watch : En République du Congo, le WWF pousse à la création du Parc national de Messok-Dja. Survival International a rendu compte d’une série de mauvais traitements ayant lieu dans cette aire également (de la page 98 à la page 104 du rapport). Comment le WWF a-t-il l’intention de répondre aux attaques continues perpétrées par les éco-gardes ? Un processus de consentement libre, informé et préalable a-t-il été mis en place auprès des communautés autochtones vivant dans et autour du parc national en projet ?

Frederick Kwame Kumah :En République du Congo, le WWF travaille avec de multiples acteurs, dont le gouvernement, les communautés et les entreprises locales pour protéger la zone située à l’intérieur et autour de Messok Dja et son incroyable biodiversité, l’exploitation forestière et le braconnage demeurant des menaces importantes. Dans un paysage recouvert par des concessions d’exploitation forestière (65 %), nous travaillons avec le gouvernement et les entreprises pour identifier les terres destinées à la conservation et avec le gouvernement pour l’aider à créer le parc de Messok Dja qui déborde sur des concessions déjà existantes. Plus précisément, nous fournissons un soutien technique et avons appuyé l’étude de base écologique et socio-économique validée par le gouvernement.

Au cours de ces discussions, reconnaissant que le CLIP requiert des exigences plus strictes que les procédures juridiques standards en place pour l’engagement et la consultation communautaires, nous avons défendu le CLIP auprès du gouvernement, puisque c’est lui qui mène ce processus. La cartographie participative a déjà été effectuée dans 39 villages situés autour de Messok Dja et la prochaine étape du processus, que nous continuons à soutenir, implique le géo-référencement des aires comprenant des communautés pour ensuite identifier les impacts ainsi que les solutions pouvant être élaborées en collaboration avec le gouvernement.

Conservation Watch : Survival International demande au WWF, à la WCS et à leurs partenaires gouvernementaux de rechercher le consentement des Bakas et des Bayakas s’ils veulent continuer leur travail dans le Bassin du Congo. Le WWF a-t-il l’intention de conduire (un peu tardivement) un processus de consentement libre, informé et préalable auprès des Bakas et des Bayakas concernant son futur travail dans le Bassin du Congo ? Si non, pourquoi ?

Frederick Kwame Kumah :Nous défendons constamment et continuellement le CLIP auprès des gouvernements des différents pays dans lesquels se trouve le Bassin du Congo. Cela implique beaucoup de défis liés aux cadres juridiques existants et à la capacité de lobbying des acteurs locaux. De plus, et c’est particulièrement vrai dans les cas où les aires protégées ont été créées avant le CLIP, nous travaillons pour améliorer et renforcer les droits et la reconnaissance des populations autochtones ainsi que leur accès aux ressources forestières. Cela inclut des initiatives comme le forum que nous avons aidé à créer au mois d’avril (il s’agissait de la première fois que tous les ministères, les communautés autochtones, les organisations dédiées aux droits de l’homme et à la conservation concernés se réunissaient au Cameroun pour identifier les problèmes et les solutions liés à la protection des droits par le biais de la conservation). En parallèle, nous travaillons également pour atténuer la marginalisation sociale grâce à des initiatives concernant l’éducation, les soins médicaux et les activités de subsistance, notamment avec des partenaires tels que Plan International. La protection de notre planète consiste autant à respecter les droits des populations qui en dépendent qu’à protéger la faune.

C’est ce en quoi nous croyons et c’est ce que nous essaierons toujours d’atteindre du mieux que nous le pouvons.
 

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3 Commentaires

  1. M.S. Pottinger

    Interesting but I think there may be a mix-up? WWF’s policy says that it will never support any intervention that hasn’t received indigenous peoples’ consent. That’s in line with basic CSR standards.

    So whether or not seeking consent is the government’s job doesn’t change anything. If it hasn’t been given, WWF should stay out.

    That seems deliberately misleading on Mr. Kwame Kumah’s part.

    Thank you for posting – it’s good that this stuff is being talked about.

  2. Really important posting, and very revealing.

    Can you please go back to Mr Kwame Krumah and ask to see some evidence of WWF’s claimed « continual and active advocating to the best of our ability for the Government of Cameroon to formalize and extend FPIC for the people living and depending on these [protected] areas »?

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