Survival International accuse WWF et WCS de soutenir les violences contre les Baka du Bassin du Congo

Des parcs nationaux, des concessions d’exploitations forestières et des zones de “chasse aux trophées” ont été imposés sur de vastes territoires du Bassin du Congo. Un nouveau rapport de Survival International documente le rôle clé joué qu’ont joué le World Wide Fund for Nature et la Wildlife Conservation Society dans ce désossement des terres des populations autochtones.

Ce rapport, intitulé “How will we Survive?” (Comment allons-nous survivre?), est disponible ici en anglais.

Des populations autochtones ont été expulsées de leurs terres au nom de la conservation. Elles sont accusées de “braconnage” même lorsqu’elles ne chassent que pour nourrir leur famille, y compris quand elles le font en dehors des aires protégées.

Survival International explique que:

Ce “colonialisme vert” détruit des vies et est illégal. La conservation de la nature en pâtit également. Stigmatiser les peuples tribaux détourne l’attention des véritables causes de la destruction environnementale dans le bassin du Congo: l’exploitation forestière et la corruption.

Survival International liste les abus commis depuis 1989 par des éco-gardes financés et équipés par WWF et WCS au Cameroun, en République du Congo et en République Centrafricaine.

Ce poste se concentre sur les accusations contre WWF au Cameroun – les allégations contre WCS seront analysées dans un autre article.

Conservation Watch a envoyé une série de questions à WWF. L’interview sera postée sur ce site dans son intégralité.

Selon Survival International, WWF était au courant des violations de droits de l’homme commis à l’encontre des populations autochtones Baka, mais n’a pas pris d’actions significatives pour y remédier. Survival International écrit que:

Actuellement les équipes anti-braconnage soutenues par WWF rasent quotidiennement des camps entiers se situant dans la forêt, à la fois au sein et à l’extérieur du parc. La violence commise contre les Baka et leurs voisins ne connait aucune limite : on trouve parmi les victimes des femmes enceintes, des personnes âgées et des infirmes, même des enfants en bas âge.

En 1991, WWF a invité une équipe de chercheurs pour évaluer ses propositions pour la création d’une zone protégée dans le Sud-Est du Cameroun. Les populations autochtones Baka et Bangando ont expliqué aux chercheurs que la forêt et la faune sauvage étaient en danger et menacées d’extinction. Ils disaient que des personnes puissantes, des exploitants forestiers et des chasseurs de trophées avaient reçu des licences de la part du gouvernement camerounais et qu’ils étaient responsables de ces menaces à l’encontre de la forêt.

Les chercheurs ont demandé que les droits des peuples locaux soient protégés. Ils ont également appelé à stopper la destruction de la forêt et de la faune sauvage par ces intervenants extérieurs. Selon les chercheurs, les Baka et les Bangando utilisaient leurs territoires de manière durable et pouvaient aider à surveiller les activités de braconnage.

Un rapport de WCS datant de 1996 soulignait qu’un grand nombre de chasseurs non-locaux, en provenance d’autres régions du Cameroun et des pays limitrophes, avaient envahi la zone. Ceux-ci avaient alors tué environ dix fois plus d’animaux que la population locale. Les villageois expliquaient que les chasseurs non-locaux “finissaient tous les animaux de la forêt”.

WWF a soutenu la création du parc national de Lobéké, érigé en 2001. Un article de 2002 de Britta Jell et Jutta Schmidt publié dans le journal Nomadic People rapporte:

“La population locale a été à peine consultée ou informée avant l’instauration officielle et par conséquent, la délimitation de l’aire protégée proposée a été perçue comme un acte les excluant de ‘leur forêt’.  Par conséquent, il a été difficile pour WWF et les agences gouvernementales de gagner la confiance des Baka / Bangando, et de susciter leur intérêt pour les mesures de conservation dans l’aire protégée.”

WWF a aussi soutenu la création des parcs nationaux de Boumba Bek et de Nki en 2005. Ces parcs ont également été établis sur les territoires Baka sans leur consentement libre, informé et préalable.

Des milliers de Baka et de Bangando ont été expulsés quand ces parcs nationaux ont été créés. Dans une évaluation de son travail au Cameroun entre 1992 et 2007, le Fond pour l’environnement mondial (GEF) écrivait:

La création des parcs nationaux du lac Lobéké et de Boumba Bek – soutenue par GEF via le Projet de Gestion et de Conservation de la Biodiversité – a mené au déplacement physique de nombreuses communautés Baka et au déplacement économique d’environ 8 000 personnes, qui dépendent des ressources des parcs pour plus de 50% de leurs moyens de subsistance.

Pour autant le parc national de Lobéké a été incapable d’empêcher le braconnage. L’article du Nomadic Peoples expliquait que WWF avait fait peu d’efforts pour stopper les chasseurs non-locaux opérant au sein du parc:

“Dans le cas des chasseurs non-locaux, le problème du contrôle a été aggravé par le fait qu’ils étaient considérés comme dangereux. Tout comme la population locale, le WWF en charge des activités d’anti-braconnage a essayé d’éviter les conflits directs avec le groupe.”

Le rapport de Survival International énumère une longue liste d’abus contre les droits de l’homme exercés à l’encontre des Baka. Des gardes forestiers et et des soldats ont pillé des villages. Ils ont battu des hommes Baka à mort, détruit des camps situés dans les forêts et frappé des femmes enceintes avec des machettes. Il existe de nombreux rapports de fusillades, de tortures, de « waterboarding » (simulacre de noyade), d’arrestations, de bastonnades, de punitions arbitraires, d’intimidations et d’interrogations.
 

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Un Commentaire

  1. This is deeply concerning – why have WWF allowed this to happen? Given the amount of money they’ve spent in central Africa over the decades, they have a responsibility to ensure the original inhabitants of the forests are not persecuted.

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