Un jeune Batwa tué par balle dans le Parc national de Kahuzi-Biega, en RDC

Un jeune Batwa a été tué par balle par des éco-gardes dans le Parc national de Kahuzi-Biega, en République Démocratique du Congo. Il était en pleine cueillette de plantes médicinales en compagnie de son père sur les terres ancestrales des Batwas. Le père du jeune homme a été touché au bras, mais a réussi à s’échapper.

Le père, Munganga Nakulire, et son fils, Christian Mbone Nakulire, ne transportaient que des machettes. Ils ont été pris pour cible par des éco-gardes de l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN) le 26 août 2017.

Sur son site Internet, l’ONG Forest Peoples Programme retranscrit une déclaration de Pacifique Mukumbwa, Directeur du CAMV (Centre d’Accompagnement des Autochtones Minoritaires Vulnérables) :

« Dans la matinée du samedi 26 août, Munganga Nakulire, accompagné par son fils, Christian Mbone Nakulire, a décidé de se rendre dans le Parc National de Kahuzi-Biega, afin de prendre soin de son fils, qui souffrait de diarrhée.
 
Arrivés sur la colline Bahaya, en plein milieu du Parc national de Kahuzi Biega, ils sont tombés sur quatre éco-gardes patrouilleurs.
L’un d’entre eux a subitement ouvert le feu et tiré sur Munganga Nakulire, le blessant grièvement au bras droit. Malgré sa blessure, ce dernier a réussi à s’échapper, laissant derrière lui son fils qui a été abattu de sang-froid alors qu’il essayait de se cacher. »

Mécanisme de Whakatane

Les Batwas furent expulsés du Parc national de Kahuzi-Biega (PNKB) à la création de ce dernier, dans les années 1970. En 2014, les Batwas ont tenu des réunions avec les autorités du parc et les autorités provinciales, dans le cadre d’un dialogue Whakatane, visant à répondre aux problèmes de subsistance rencontrés par les Batwas.

Le mécanisme de Whakatane a pour objectif « d’évaluer la situation dans différentes aires protégées à travers le monde et, là où les populations sont négativement affectées, de proposer des solutions et de mettre en œuvre ces dernières ».

Forest People Programme résume l’ébauche de la feuille de route de Whakatane 2014 comme étant articulée autour de deux aspects essentiels :

  • garantir que les autorités du parc et les autorités provinciales répondent aux besoins de subsistance immédiats des Batwas, et
  • garantir que les Batwas puissent récupérer des zones pilotes du PNKB, au sein desquelles ils pourraient vivre et démontrer qu’ils sont capables de protéger et d’utiliser leurs forêts de façon durable. En cas de succès, cette conservation basée sur la propriété foncière de la communauté Batwa et appuyée par le PNKB et l’ICCN, pourrait se propager à l’ensemble du PNKB.

D’autres réunions Whakatane ont eu lieu en 2016 et 2017. Au cours de ces réunions, les Batwas ont expliqué qu’ils n’avaient nulle part où s’installer, tous les sites potentiels ayant déjà d’autres propriétaires. Ils ont insisté sur le fait que la solution implique la reconnaissance de leurs droits fonciers à Kahuzi-Biega.

Selon Forest Peoples Programme,

le tragique événement de cette semaine montre une fois de plus l’absence de volonté de la part des autorités du parc de reconnaître de telles zones pilotes. Plutôt aux antipodes, voilà que nous apprenons qu’un jeune Batwa a été tué en essayant d’échapper aux éco-gardes qui avaient tiré sur son père, alors qu’ensemble ils ne faisaient que cueillir des plantes médicinales sur leurs terres ancestrales.

La société civile dénonce les fusillades

Les organisations de la société civile et de représentation de populations autochtones dans la province du Sud-Kivu ont dénoncé la fusillade. Cinq organisations locales ont signé une déclaration exigeant que les autorités :

  • Identifient les auteurs de ce double crime ;
  • Clarifient les circonstances et les responsabilités des auteurs de ce crime abominable ;
  • Appliquent un régime juridique strict et une sanction exemplaire aux auteurs de ce crime, afin que cela ne se reproduise jamais.
  • Protègent les communautés autochtones vivant à Buyungule en périphérie du PNKB, et dédommagent les victimes traumatisées dans ce cas précis.

Procédure auprès de la Commission Africaine

En novembre 2015, les ONG Minority Rights Group et Environnement Ressources Naturelles et Développement ont lancé une procédure au nom des Batwas, auprès de la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples :

Le dossier soutient que les Batwas ont été privés de leurs terres, sont empêchés de pratiquer leurs activités de subsistance traditionnelles et se voient refuser l’accès aux services sociaux les plus élémentaires ; qu’ils souffrent d’un taux élevé de malnutrition, de maladie et de mortalité et subissent une discrimination profondément ancrée quand ils vivent parmi d’autres communautés majoritaires.

Felicien Balikunda, Responsable du renforcement des capacités en Afrique de Minority Rights Group, travaille en étroite collaboration avec la communauté Batwa en RDC. Il affirme dans une déclaration :

« Minority Rights Group est à la fois choquée et attristée par le fait que ces hommes Batwas aient été victimes de tirs de la part de membres des autorités du parc alors qu’ils s’adonnaient à des activités traditionnelles tout à fait légales sur leurs terres ancestrales. Ces crimes doivent immédiatement faire l’objet d’une enquête et la loi doit être rigoureusement appliquée à l’encontre des coupables. »

 

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2 Commentaires

  1. We need very patient rangers in protecting biodiversity. Shooting on spot is a sign of ill trained rangers. Most of the ill trained people are more interested in showing how much power they have instead of showing creating awareness about biodiversity.

  2. In my opinion, the Batwa are the forest and the forest is the Batwa. So shooting at the Batwa is like clearing the forest.Those rangers should apologize to the families of the boy and his father.
    They should also be compensated.

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