Rainforest Parks and People: Observation des impacts de la conservation sur les peuples d’Afrique centrale

Rainforest Parks and People est un nouveau site interactif sur l’impact des aires protégées sur les peuples du bassin du Congo. Lancé cette semaine par la Rainforest Foundation UK, le site vise à améliorer la transparence et redevabilité des projets de conservation dans les forêts d’Afrique centrale.

Pour accompagner le lancement du site, la Rainforest Foundation UK a produit une vidéo intitulée « Vers une protection de la nature par et pour les communautés »

Dans le film, Maud Salber de la Rainforest Foundation UK explique :

« La manière dont la protection de la nature continue à se faire n’est clairement pas viable sur le long terme. On établit des aires protégées sur les terres des communautés sans leur consentement ; on expulse ces gens hors de leurs territoires ancestraux ; on tolère des abus, parfois très sérieux, aux mains des éco-gardes ; et on exclut les gens de la prise des décisions qui affectent leurs vies.

Tout cela créé beaucoup de frustrations. Et le risque, c’est que les communautés locales commencent à se retourner contre la conservation. »

 

Selon Blaise Mudodosi du Réseau Ressources Naturelles, une plateforme regroupant 256 organisations de la société civile environnementale et des droits humains en République Démocratique du Congo :

« C’est la conservation policière. Parce que la conservation ‘communautaire’, telle que dite, telle que chantée par l’ICCN [Institut Congolais de Conservation de la Nature], jusque-là on ne l’a pas encore sentie au niveau du terrain. »

 

Ce film est le premier d’une série de la Rainforest Foundation UK qui inclura des témoignages des communautés locales et représentants de la société civile.

La Réserve Naturelle de Tumba-Lediima

 

La page d’accueil de Rainforest Parks and People donne un aperçu des 34 aires protégées incluses sur le site jusqu’à présent. Des informations détaillées sont également disponibles pour chaque aire protégée : Description, Impact et Références.

Lorsqu’on clique sur Tumba-Lediima par exemple, on découvre que la réserve, qui couvre 741,000 hectares, a été établie sans réelle consultation des communautés locales, bien que 100 000 personnes vivent dans la zone.

La réserve est gérée par l’Institut Congolais de Conservation de la Nature (ICCN) avec le soutien technique de WWF et le financement du programme CARPE (Central Africa Regional Program for the Environment) de USAID.

Trois concessions d’exploitation forestière chevauchent la réserve. Une concession pétrolière est également présente à l’intérieur.

De nombreux conflits ont éclaté entre communautés et autorités du parc à Tumba Lediima. Un film de la Rainforest Foundation UK résume la situation.

Les écogardes punissaient quiconque mangeait de la viande. Le village de Nkondi a été particulièrement affecté. Les villageois ont expliqué à la Rainforest Foundation UK n’avoir que des feuilles de manioc à manger. La malnutrition s’est répandue dans la zone, si bien que le Programme alimentaire mondial a dû livrer des suppléments alimentaires. La Rainforest Foundation UK a également collecté des rapports de violations de droits humains aux mains des écogardes, notamment des cas de torture, d’arrestations arbitraires, d’intimidations, de destruction de propriété, de perquisitions illégales, et de viol.

Si les abus semblent avoir cessé depuis début 2015, rien n’a été fait pour remédier à ceux ayant eu lieu et aucun mécanisme n’a été mis en place pour éviter qu’ils se répètent dans le futur.

Dans un article pour Conservation Watch, Joe Eisen de la Rainforest Foundation UK avait expliquait comment l’exemple de Tumba Lediima illustrait « comment ne pas faire une aire protégée ».

Des restrictions sur les moyens de subsistance, mais pas sur les activités d’exploitation industrielle

 

Un des aspects les plus alarmants dans le bassin du Congo est le fait qu’alors que les communautés locales voient leurs activités de subsistance sévèrement restreintes du fait de l’existence d’aires protégées, les activités industrielles comme l’exploration et l’exploitation minière, pétrolière et forestière, elles, ont souvent droit de cité à l’intérieur ou en bordure des parcs et réserves.

Parmi les 34 aires protégées étudiées par la Rainforest Foundation UK en 2016, 25 bordaient une concession forestière, 19 comprenaient des concessions minières en leur sein (et sept autres en comptaient à leur frontière), et neuf comprenaient des concessions pétrolières.

La capture d’écran du site Rainforest Parks and People ci-dessous montre ainsi la juxtaposition entre aires protégées (en vert), concessions d’exploitation forestière (en jaune), permis petroliers (en rouge) et permis miniers (en blanc) :

La Rainforest Foundation UK commente sur son site:

« Si les acteurs de la conservation dans le bassin du Congo reconnaissent largement les menaces énormes que ces activités font peser sur la biodiversité, ils ne contestent pas et ne combattent pas clairement ce modèle. »

 

Demande d’informations supplémentaires

 

Le site Rainforest Parks and People se base principalement sur les informations compilées dans le rapport « Aires protégées dans le bassin du Congo : un échec pour les peuples et la biodiversité ? », publié par la Rainforest Foundation UK en 2016. Mais des informations et ressources supplémentaires seront ajoutées à mesure qu’elles deviendront disponibles. La Rainforest Foundation UK invite les personnes travaillant dans la protection des forêts, ainsi que les personnes directement affectées par la présence d’aires protégées, à contribuer et partager leurs informations.


Note: Conservation Watch est financé par la Rainforest Foundation UK.

Lien pour marque-pages : Permaliens.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *