Kenya : Toujours plus d’expulsions de Sengwer dans la forêt d’Embobut

Le 2 avril 2017, des gardes du Service forestier du gouvernement du Kenya (KFS) ont violemment attaqué Elias Kimaiyo, un leader de la communauté Sengwer, alors qu’il prenait des photos des gardes forestiers en train de brûler les maisons des Sengwer.

Le jour suivant, depuis son lit d’hôpital, Kimaiyo a raconté à Amnesty International ce qui s’est passé:

“J’était en train de prendre des photos des gardes du KFS qui brulaient les maisons des Sengwer dans la forêt Embobut. J’ai compté 29 maisons brulées.
 
“Les gardes ont commencé à me tirer dessus. J’ai couru mais j’ai trébuché et je suis tombé me cassant la rotule, ils m’ont alors rattrapé. Ils m’ont frappé avec la crosse d’un fusil, et m’ont cassé le bras. Ils m’ont pris deux caméras et un iPad.”

Le KFS expulse violemment les Sengwer de leurs forêts depuis de nombreuses années. Cependant la violence s’intensifie. Le Forest Peoples Programme (FPP) rapporte que “les Sengwer sont choqués de voir les gardes du SKF tirer désormais à balles réelles”. Selon le FPP, les Sengwer ont dénombré 90 maisons incendiées.

Le Forest Peoples Programme décrit ce qui s’est passé:

Alors qu’il prenait des photos, Elias était au téléphone avec le commandant régional du KFS pour se plaindre des incendies et de la destruction des propriétés. Elias a expliqué comment les gardes du KFS l’ont repéré et ont commencé à le prendre en chasse et lui tirer dessus. Il indique que, lorsqu’il est tombé à terre, un des gardes du KFS l’a saisi et frappé avec la crosse de son fusil, cassant son bras droit. Quand des membres de la communauté ont lancé l’alarme, les gardes du KFS se sont enfuis, emmenant les caméras et autres équipements d’Elias.

Le commandant régional a affirmé aux Sengwer que le Service des forêts kényan allait continuer les expulsions et les fusillades. Il déclare qu’ils agissent en respect de la loi et de la Constitution kényane.

Cependant, la Constitution kényane de 2010 reconnait les droits des communautés de chasseurs-cueilleurs comme les Sengwer sur leurs territoires. Le Community Land Act de 2016 du Kenya a, quant à lui, été écrit “pour prévoir la reconnaissance, la protection et l’enregistrement des droits fonciers communautaires”.

Une station du Service forestier du gouvernement du Kenya incendiée

Le 3 avril 2017, le journal kényan, le Daily Nation, rapportait que des “bandits” avaient incendié une station du KFS à Tangul. Neuf bâtiments, un véhicule et une moto ont ainsi été brulés.

Essau Omollo, le directeur adjoint du Service des forêts kényan en charge des opérations de terrains a déclaré : “Nous souhaitons insister sur le fait qu’aucun de nos agents n’a été blessé ou tué.”

Le Daily Nation citait également Omollo expliquant que tous ceux derrière cet incident seraient amenés à rendre des comptes.

Amnesty International a émis une déclaration appelant urgemment les autorités kényanes à enquêter sur l’attaque survenue à l’encontre de Kimaiyo et de s’assurer que les responsables soient « amenés devant la justice au cours de procédures respectant les standards internationaux d’équités ”.

Amnesty International a également appelé à un arrêt des expulsions et des incendies des foyers des Sengwer.

Expulsions quelques jours après la visite d’une délégation de l’UE à Embobut

Quelques jours avant ces récentes expulsions, une délégation de l’Union Européenne a visité la forêt d’Embobut. Les Sengwer ont demandé cette visite afin d’expliquer leurs préoccupations vis-à-vis du projet de conservation WaTER financé par l’UE.

Les Sengwer s’inquiètent que le projet de l’UE n’entraine davantage d’expulsions, comme cela avait été le cas avec un précédent projet financé par la Banque Mondiale.

Le Forest Peoples Programmes explique que :

Les Sengwer s’inquiètent particulièrement du fait que le projet de l’UE vienne renforcer les capacités du KFS à les expulser de leurs territoires ancestraux, les laissant ainsi, eux et leurs forêts, en péril. Après avoir convenu d’une visite, une délégation de l’UE a rencontré les Sengwer les 29 et 30 mars permettant à la communauté d’expliquer sa situation.

Les Sengwer ont requis une aide d’urgence et émis les demandes suivantes:

  • Nous exhortons le gouvernement kenyan à stopper immédiatement les expulsions et les fusillades des membres des populations autochtones Sengwer par les gardes du KFS et les autres agences de sécurité dans la forêt d’Embobut, et à ouvrir des enquêtes portant sur celles ayant eu lieu.
  • Nous exhortons l’UE, la Banque Mondiale, le PNUD, le gouvernement finlandais, l’UICN et d’autres bailleurs associés à la conservation à travailler avec le KFS et les gouvernements national et local afin d’assurer la sécurité de nos forêts en garantissant et protégeant les droits des populations autochtones forestières de vivre sur, gouverner, gérer et posséder nos territoires ancestraux dans le but de les protéger. Cette demande est en accord avec le besoin de conservation, et en accord avec nos manières coutumières de diriger et protéger nos territoires. Si nos droits et notre capacité à conserver nos terres continuent d’être violés plutôt que sécurisés, reconnus et protégés, alors nous demandons à l’UE, la Banque Mondiale, le PNUD, le gouvernement finlandais, l’UICN et à d’autres bailleurs associés à la conservation de suspendre leurs programmes et projets au Kenya jusqu’à ce que ces droits et responsabilités soient reconnus et soutenus.
  • Nous exhortons l’initiation d’un processus de dialogue efficace et effectif entre les Sengwer, d’autres populations autochtones forestières traditionnelles et le gouvernement du Kenya (dont le ministère de l’environnement et des ressources naturelles, le ministère de l’eau et de l’irrigation, le ministère des terres, la commission nationale des terres, les gouvernements de comté, etc.) afin d’assurer le respect des droits des communautés forestières traditionnelles et de travailler ensemble à la sécurisation de nos forêts avec le soutien de l’UE, de la Banque Mondiale, du PNUD, du gouvernement finlandais, de l’UICN et d’autres institutions associées à la conservation.
  • Nous appelons à ce que tous les acteurs s’assurent que le consentement préalable, libre et éclairé des Sengwer soit obtenu pour tout programme initié dans la forêt d’Embobut.
  • Nous appelons l’UE, en tant que principal bailleur du projet WaTER, à instituer urgemment une enquête concernant les expulsions menées par les gardes du KFS immédiatement après la visite de l’UE, et d’inclure au sein de cette enquête des représentants du Haut-Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU, de la Commission Nationale des droits de l’homme du Kenya, du Ministère de l’environnement et des ressources naturelles, de la Commission Nationale des terres, du gouvernement local, de la Commission Nationale du sur les questions de genre et d’inégalités, et de la Commission sur la justice administrative.
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