« Ce n’est pas en expulsant les membres de la communauté Sengwer de leurs terres ancestrales que l’on va protéger l’environnement »

Les membres de la communauté autochtone Sengwer vivent au Kenya, dans la forêt Embobut, depuis des générations. Ces cueilleurs de miel habitent dans de petites maisons en bois et élèvent vaches, chèvres et moutons pour leur viande et leur lait.

Mais depuis des années ils sont expulsés de chez eux par les gardes du Service forestier du gouvernement du Kenya (KFS), parfois de manière violente. Les gardes brûlent leurs maisons, détruisent le peu qu’ils possèdent et les passent à tabac.

Ces expulsions se sont intensifiées depuis 2013.

Le journaliste Tim McDonnell, qui a visité la forêt d’Embobut en novembre 2016, a fait état de la situation dans le Huffington Post.

Le 1er décembre 2016, le KFS a annoncé que tous les Sengwer allaient être expulsés avant la fin de l’année. Les gardes ont alors brûlé une douzaine de maisons. Le 8 décembre, une décision judiciaire a mis fin aux expulsions, stipulant :

Aucune personne occupant la forêt ne sera expulsée, mais aucune nouvelle implantation ne sera autorisée.

 

Beaucoup de Sengwer habitent désormais dans des cabanes provisoires ou dans des caves. David Kibor vit dans un de ces caves depuis maintenant trois ans, après avoir vu sa maison dans la prairie brûlée par le KFS.

McDonnell a produit un court film où David Yator Kiptum, Directeur Exécutif du Sengwer Indigenous Peoples Programme, raconte la vie des Sengwer dans la forêt d’Embobut [en anglais]:

Voici ce qu’il explique alors à McDonnell:

2017-03-10-190115_1680x1050_scrot.pngCeci est la terre ancesrale [des Sengwer]. Leurs parents, leurs ancestres sont enterrés ici. Nous ne quitterons pas cet endroit.

La communauté Sengwer est entre la vie et la mort. Récemment, nous avons souffert d’expulsions, pendant lesquelles les membres de notre communauté ont vu leurs maisons incendiées au nom de la protection de la nature.

[ . . . ]

Une famille a été forcée à vivre ici lorsque leur maison a été brûlée. On les a forcé à quitter la prairie où ils vivaient pour venir se cacher ici, dans une cave.
C’est ainsi que de manière générale notre identité, notre dignité en tant qu’être humain, en tant que tribu, sont menacées.

Pour conserver ces forêts de manière efficace et durable, il est indispensable de reconnaître et de protéger les droits des communautés forestières autochtones.

Ce n’est pas en expulsant les membres de la communauté Sengwer de leurs terres ancestrales que l’on va protéger l’environnement, ni lutter contre le réchauffement climatique.

Nous espérons qu’un jour nos droits à vivre sur et posséder nos terres ancestrales et communautaires dans la forêt d’Embobut seront reconnus. Nous avons bon espoir qu’un jour notre voix sera entendue.

 

A qui appartient donc Embobut ? La question a été amenée par les Sengwer devant les tribunaux. Selon la constitution du Kenya de 2010, les terres traditionnellement occupées par des chasseurs-cueilleurs appartiennent à la communauté (Art. 63 (2) (d) (ii) ). Et le Community Land Act de 2016 a pour vocation de « permettre aux droits fonciers communautaires d’être reconnus, protégés et enregistrés ».

Le Katiba Institute est une ONG juridique kenyane qui tente d’utiliser la nouvelle constitution du pays pour promouvoir une transformation sociale. Se basant sur le Community Land Act, elle travaille avec le Sengwer Indigenous Peoples Programme sur un recours judiciaire en faveur d’une reconnaissance des droits fonciers des Sengwer.

Liz Alden-Wily, juriste spécialisée dans les questions foncières, apporte son aide à la communauté dans ce dossier. Elle a expliqué à McDonnell que :

« La solution évidente serait de faire des peuples autochtones les protecteurs de la nature et s’assurer qu’ils se tiennent aux obligations qui en découlent – mais l’opposition à cette idée se durcit. Du destin foncier de ces régions dépendent la justice sociale, la paix et la lutte contre le changement climatique ».

 

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