Rapport interne du WWF sur les Baka au Cameroun: “Plusieurs cas d’abus et de violations de droits humains sont signalés par les communautés”

L’organisation Survival International a annoncé cette semaine qu’elle s’était procuré un rapport confidentiel de WWF datant de 2015, qui examine les impacts de l’organisation de conservation sur les populations autochtones Baka au Cameroun. WWF avait nié l’existence de ce rapport.

Le rapport, intitulé “Evaluation participative de la mise en œuvre des stratégies et principes du WWF sur les droits de l’homme dans les sites sélectionnés autour de Parcs Nationaux de Lobéké, Boumba Bek et Nki au Cameroun”, a été rédigé par deux militants en faveur des droits des populations autochtones et se base sur des entretiens avec 500 personnes.

Il y est révélé que WWF savait que les Baka n’avaient pas été consultés et n’avaient pas donné leur consentement libre, informé et préalable à la création des parcs nationaux sur leurs terres :

Sur le terrain, les Baka ont affirmé qu’ils n’ont pas été consultés mais plutôt [qu’ils ont] trouvé leurs terres transformées en aires protégées sans leur consentement.

Le rapport décrit les « opérations coup de poings » menées par les éco-gardes, qualifiées de « plus effrayantes de toutes les missions ». Celles-ci ont souvent lieu entre 2 et 4 heures du matin, sans la présence des autorités locales et des chefs de villages.

La plupart des villages riverains ont fait l’expérience de ces opérations, au cours desquelles les éco-gardes balayent les villages pour confisquer des armes. Le rapport de WWF explique que «ces opérations sont conjointes éco gardes-gendarmes-WWF. »

Le rapport continue:

Plusieurs cas d’abus et de violation des droits humains sont signalés par les communautés et leurs auteurs sont identifiés et connus mais non sanctionnés par leur hiérarchie malgré la dénonciation des communautés avec preuve et témoignage des victimes.

WWF a nié l’existence du rapport

En février 2016, Survival International a déposé une plainte à l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), accusant le WWF d’avoir financé des violations de droits de l’homme au Cameroun.

La plainte faisait référence à ce rapport interne, regrettant que le WWF n’ait jamais rendu ce rapport public malgré les demandes formulées par Survival International et des Baka.

Phil Dickie, responsable de la « gestion des problèmes » (« issues management ») à WWF International, a été interviewé par Mongabay en février 2016, juste après le dépôt de la plainte par Survival International à l’OCDE. Selon l’article, Phil Dickie a alors nié l’existence du rapport :

Selon la plainte de SI, WWF a commandé une enquête sur certaines des allégations d’agression contre les Baka au début de l’annee 2015, mais a refusé d’en partager une copie avec SI malgré leurs requêtes. Cependant, Phil Dickie a dit à Mongabay que WWF n’a pas commandé d’enquête sur les accusations de SI en 2015.

Cela s’avère particulièrement embarrassant pour WWF. Stephen Corry, directeur de Survival International, résume la situation ainsi:

Le WWF a commandé un rapport pour examiner les conséquences de ses activités sur les Baka; vraisemblablement cela concernait entre autre les accusations d’exactions commises par des écogardes financés par l’organisation. Le rapport a confirmé l’étendue et la régularité des exactions. Mais le WWF nie l’existence du rapport.

Les Principes de WWF sur les peuples autochtones et la conservation

En 1996, WWF devint le premier grand groupe de conservation à adopter une politique en faveur des droits des populations autochtones.

Cette politique reconnait aux populations autochtones le droit de donner (ou non) leur consentement libre, informé et préalable à tout projet affectant leurs terres, territoires et ressources, y compris les projets de conservation :

Le WWF reconnaît que les peuples autochtones ont le droit de déterminer les priorités et les stratégies pour le développement ou l’utilisation de leurs terres, territoires et autres ressources, ce qui inclut notamment le droit d’exiger que les Etats obtiennent leur libre consentement exprimé en connaissance de cause avant d’approuver tout projet concernant ces terres, territoires et ressources.

Et dans le cas où les populations autochtones ne donnent pas leur consentement, WWF ne soutiendra pas le projet et pourra même s’y « opposer activement » :

Le WWF n’encouragera ni ne soutiendra, et pourra s’opposer activement aux projets qui n’ont pas reçu au préalable le libre consentement exprimé en connaissance de cause des communautés indigènes concernées et/ou qui affecteraient directement ou indirectement – l’environnement des territoires des peuples autochtones et menaceraient leurs droits.

Le rapport interne d’avril 2015 donne des exemples précis d’abus aux mains d’éco-gardes, qui s’inscrivent clairement en violation des principes de WWF. Il résume :

Particulièrement préoccupants sont les rapports sur les violations des droits de l’homme des personnes autochtones Baka, qui auraient été commis par des équipes de patrouille anti-braconnage du Ministère de la Forêt et de la Faune (MINFOF), qui reçoivent un soutien financier et logistique du WWF Cameroun. Bien que WWF Cameroun seulement cofinance ces patrouilles, en effet, il reconnaît sa responsabilité partagée et est gravement préoccupé car tels abus violent les « Principes du WWF sur les Peuples Autochtones et la Conservation », compromettent ses efforts de conservation et nuisent à son image publique.

Le rapport de WWF sur ses activités au Cameroun peut être obtenu auprès de Michael Hurran de Survival International : mh@survivalinternational.org.
 

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