La conservation militarisée dans le parc national de Virunga en RDC

Etabli en 1925 par le roi de Belgique Albert 1er, le parc national des Virunga est le plus ancien parc national d’Afrique. Il est entré au Patrimoine mondial de l’UNESCO en 1979.

Aujourd’hui, il couvre une zone de 7 800 km² et fournit un habitat pour les éléphants, les hippopotames, les lions et certains des derniers gorilles des montagnes du monde.

En 2014, Virunga était le sujet d’un documentaire primé à plusieurs reprises:

Les animaux du parc sont menacés par le braconnage. Dans un article récent du Wall Street Journal, le journaliste Tom Downing rapportait qu’aux Virunga :

les gorilles se trouvent dans le plus des dangers du fait de la population humaine grandissante qui empiète sur leur habitat.

Mais si Tom Downing a enquêté auprès des rangers et visiteurs du parc, il ne s’est pas entretenu avec les communautés riveraines du parc. S’il l’a fait, il ne les cite pas dans son article.

Jeffrey Marlow, du Discover Magazine, décrit lui aussi les menaces pesant sur le parc:

Les communautés agricoles ont consumé la majorité de cette remarquable forêt diversifiée, puisque les raisons qui favorisent cette végétation luxuriante – sols volcaniques fertiles, pluies abondantes – en font aussi un endroit bien propice à la production de cultures.

Il ne fait aucun doute qu’il existe de nombreux conflits aux Virunga. Environ 150 rangers ont été tués au cours de la dernière décennie. Mais ces hostilités ne se limitent pas à une lutte entre les braconniers et les rangers. Des rebelles ont également assassiné des rangers en tentant de prendre de contrôle du Lac Edouard se trouvant dans le parc.

L’organisation Enough a produit cette année un rapport d’enquête sur un cartel illégal d’exploitants de charbon opérant à Virunga. Certains estiment la valeur du commerce de charbon dans la zone à environ 35 millions de dollars US, dont une partie vient financer la milice rebelle des Forces démocratiques de libération du Rwanda.

La Virunga Foundation, financée par l’Union Européenne, gère conjointement le parc avec l’agence de conservation de la nature de RDC, l’ICCN. Cette fondation a créé la Virunga Alliance, afin de “favoriser la paix et la prospérité au travers du développement économique responsable des ressources naturelles pour les 4 millions de personnes qui vivent à moins d’un jour de marche des frontières du parc ”.

Jeffrey Marlow explique que la Virunga Alliance a pour but de faire en sorte que “le parc profite à tout le monde”. L’Alliance est en train de construire une centrale hydroélectrique pour tenter de dissuader les communautés d’abattre des arbres pour produire du charbon.

Encore une fois, Jeffrey Marlow ne donne la parole à aucune personne vivant près du parc.

L’impact sur les communautés autochtones

Deux récents articles de Zahra Moloo pour l’Inter Press Service se concentrent sur la vie des communautés vivant autour du parc national de Virunga.

Elle est allée parler aux membres du groupe autochtone Bambuti, les habitants d’origine de Virunga. Sous la loi congolaise, il leur est interdit de vivre dans le parc.

Giovanni Sisiri, un Bambuti, lui a confié que :

“Avant-hier, ils m’ont tiré dessus quand je cherchais du miel et du bois pour faire le feu. J’ai tout abandonné, pris mes outils et couru.”

Patrick Kipalu du Forest Peoples Programme a expliqué à Zahra Moloo que :

“La vielle école de la conservation, celle de l’époque coloniale, avait pour mots d’ordre: « les individus en dehors des forêts » et « c’est une zone protégée excluant toute personne à l’intérieur ». Quand les colons ont quitté le pays, les personnes qui géraient ces zones protégées était celles formées par les belges à l’idée traditionnelle que la conservation devait se faire sans les individus. Elles ont gardé les mêmes stratégies, bien que l’ICCN réfléchit à développer une stratégie de conservation supposée inclure et faire participer les communautés.”

Chassés à la pointe du fusil

En 2010, le Dr Kai Schmidt-Soltau a écrit un article pour la Forced Migration Review sur les expulsions des communautés en dehors des zones protégées de RDC. L’ICCN et le WWF ont débuté un programme de “réinsertion volontaire” en 2003. Ce programme avait pour objectif de déplacer environ 100 000 personnes hors du parc.

En 2004, plus de 35 000 personnes ont été « réinsérées » vers une zone au Sud-est du Lac Edouard. Les responsables gouvernementaux ont admis que cette réinsertion avait été réalisée sous la menace armée, qu’aucune assistance à la réinstallation n’avait été offerte et que les moyens de subsistance des personnes affectées n’étaient pas réhabilités. Alors que le programme de réinsertion se prétendait volontaire et basé sur des consultations préalables et informées, mes discussions menées en 2006 et 2007 avec les personnes vivant dans et autour du parc, attestent du contraire: elles ne voulaient pas quitter le parc et ont essayé de résister, même sous la menace des fusils.

Privées d’accès à la forêt des Virunga, les Bambuti ont perdu leurs moyens de subsistance traditionnels. Zahra Moloo rapporte qu’aujourd’hui beaucoup de Bambuti travaillent au jour le jour pour les communautés environnantes. L’un des emplois disponibles est de couper les arbres pour vendre le bois à Goma.

Exclus des forêts, les Bambuti perdent leurs connaissances des plantes et des médecines naturelles. Une option pour le parc serait de les employer comme rangers.

Mais Norbert Mushenzi, directeur adjoint de l’ICCN aux Virunga, a indiqué à Zahra Moloo que les Bambuti souffraient d’une “déficience intellectuelle”. Mushenzi a suggéré qu’ils pourraient tirer bénéfice du parc en vendant leur “produits culturels et danses aux touristes”.
 

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