La conservation est cruciale. Et controversée.

La conservation est d’une importance cruciale. La liste rouge de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature contient plus de 22 000 espèces menacées d’extinction. Pour 85% de ces espèces, la perte d’habitat est le principal problème.

Braconnage, défrichement pour l’agriculture, concessions d’exploitation forestières, abbattage illégal, plantations industrielles, palmiers à huile, élevages de bétail, mines, barrages hydroélectriques, constructions de routes : voilà juste quelques-uns des facteurs de destruction des forêts primaires dans le monde.

Pendant ce temps, le changement climatique aggrave davantage la situation. Au Brésil, l’Amazone a vu deux sécheresses supposées « centennales » en 5 ans, en 2005 et 2010. Cette année, les conséquences d’El Niño sont beaucoup plus sèches que les deux dernières années. Depuis le début de l’année, l’Amazone a vu plus de feux que les années 2005 et 2010 complètes.

Le moment de passer à l’action

A la veille du Congrès mondial de la nature 2016, le directeur de l’IUCN Inger Andersen, exprimait au New Security Beat que :

“Le temps de la discussion est terminé; c’est désormais le moment de passer à l’action. L’histoire est celle d’un changement perturbateur. Elle perturbe le paradigme actuel car ce que nous faisons est bon, mais pas suffisant. »

Tumba Lediima

Mais la conservation de la nature est également controversée.

Le principal mécanisme permettant de protéger la biodiversité est l’établissement d’aires protégées. Selon la Liste des aires protégées des Nations Unis de 2014, il y en a désormais 209 000 (en incluant les aires marines protégées).

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Beaucoup de ces zones étaient habitées ou régulièrement utilisées par des populations autochtones. Bien trop souvent, des populations ont été expulsées pour faire place à la conservation de la nature.

C’est là le côté sombre de la conservation. Les peuples autochtones et les communautés locales finissent par payer le prix de la protection de ces espaces.

Mont Elgon, Ouganda

En 2006, je voyageais en Ouganda pour enquêter sur un projet de reboisement et crédits carbones à la limite du Parc national du Mont Elgon.

Avant d’arriver, je me suis renseigné sur le parc et la manière dont les rangers de l’Ugandan Wildlife Authority (UWA) avaient détruit les habitations des populations et anéanti les réserves alimentaires. Les populations expulsées avaient dû déménager dans les villages voisins où ils vivaient dans des mosquées et des caves.

Je n’étais pas pour autant préparé aux réalités quotidiennes auxquelles les communautés locales sont confrontées autour des frontières du parc. Les rangers de l’UWA étaient armés et avaient reçu des entraînements paramilitaires. Les rapports d’abus abondaient.

Les villageois parlaient de violence et de menaces de la part des rangers de l’UWA. Un homme avait été battu et enlevé par la police. Un autre avait des blessures au menton, là où des rangers l’avaient frappé avec un fusil. Un autre s’était fait cassé la main.

Un villageois a été forcé de manger les intestins d’une souris. Les rangers de l’UWA ont également obligé un homme à avoir une relation sexuelle avec une chèvre. Une autre fois, ils ont forcé deux hommes à avoir une relation sexuelle ensemble.

Mount Elgon

Un homme a ouvert une enveloppe contenant une douille de balle. Il a expliqué :

“La balle a été tirée par des gens qui voulaient nous tuer. Certains sont morts. D’autres ont été blessés.”

Pas que des mauvaises nouvelles

Ce site, Conservation Watch, va aider à dénoncer les cas violations de droits humains commis au nom de la conservation. Nous devons changer de toute urgence notre manière de mettre en place les mesures de conservation de la nature et passer à des méthodes où les droits des autochtones et des communautés locales sont respectés.

Des études du Centre for International Forestry Research (CIFOR) et de la Banque Mondiale montrent que la déforestation est beaucoup plus faible dans les forêts gérées par les communautés locales que dans les forêts protégées au sens strict.

Conservation Watch va également relayer des exemples positifs de mesures de conservation entreprises par des communautés locales. Un exemple parmi d’autres, Grazia Borrini-Feyerabend, Coordinatrice globale du Consortium ICCA, a écrit un article à propos d’une pêcherie gérée localement en Casamance au Sénégal.

Conservation Watch va également publier chaque semaine une synthèse de l’actualité sur les parcs nationaux, les zones protégées et la conservation dans les pays de Sud. Ces liens sont fournis à but informatif, sans regard aucun sur le point de vue exprimé dans l’article.

Conservation Watch va aussi diffuser des interviews avec des professionnels de la conservation, des autochtones, des universitaires, des ONG, des activistes et des bailleurs de fonds des programmes de conservation.

D’autres rubriques comporteront des critiques littéraires, des travaux universitaires, des rapports d’ONG et des articles d’actualité.
 

Lien pour marque-pages : Permaliens.

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